Introduction

Malgré des connaissances de plus en plus précises, les diarrhées néonatales du veau ou ENN sont encore aujourd’hui la première cause de décès des jeunes veaux autant en élevages laitiers qu’en élevages allaitants.

Au-delà du problème de santé, cette pathologie qui survient dans le premier mois de la vie des veaux est avant tout un problème économique qui va impacter profondément le bilan économique des élevages :

  • Pertes directes
  • Mortalité
  • Coût des traitements
  • Pertes indirectes
  • Temps passé pour les soins
  • Retard de croissance
  • En élevage allaitant immobilisation du capital pour un an

La diarrhée plus ou moins liquide induit une perte d’eau et d’électrolytes => déshydratation & perte d’énergie

Multifactorielle mais toujours les mêmes facteurs prédisposants

  • Colostrum
  • Hygiène
  • Management
  • Stress
  • Carences (Vit E , Se …)

Les principales sources des germes impliqués sont

  • La litière contaminée par les déjections de la mère et les autres vaches
  • Les germes résidant sur la mamelle
  • Les veaux malades
  • Les bottes de l’éleveur et des visiteurs

I. Etiologie

Si le diagnostic est facile (selles liquides plus ou moins état choc …, il est difficile à identifier la cause à la seule vue de la clinique. Le laboratoire est souvent nécessaire pour la confirmation de ou des agents causals.

Toutefois en fonction de l’historique de l’élevage, l’âge des veaux et de l’aspect physique de la diarrhée on peut avoir des suspicions /orientation sur l’étiologie

  • Virus :45 à 50% des diarrhées
    • Rotavirus, Coronavirus, Torovirus

Causent des altérations morphologiques et fonctionnelles des entérocytes => provoquent une prolifération de la flore bactérienne résidente et un syndrome de malabsorption digestive. Cette infection engendre une perte d’eau et d’ions, ainsi qu’une fermentation du lactose contenu dans le lait au niveau du gros intestin avec production d’acides (acide D-lactique, acides gras à chaîne courte) qui sont en partie résorbés dans le sang et sont à l’origine donc d’une acidose.

  • Bactéries : 30 à 35% des diarrhées
    • E Coli largement sous diagnostiqué (test ELISA K99)

Engendre une diarrhée par hypersécrétion ou sécrétoire liée à l’action de toxines. C’est le cas pour les salmonelles et les colibacilles entéro-toxinogènes. Ces toxines ne provoquent pas de lésions cellulaires, en revanche elles causent une sécrétion d’ions et donc d’eau.

  • Salmonella spp
  • Campylobacter
  • Clostridium perfingrens type C
  • Protozoaires : 20 à 25% des diarrhées
    • Cryptosporidies (Cryptospridium parvum)
    • Coccidies (Eimeria spp)

Classification des Rotavirus

  • 7 sérogroupes (A à G)
    • 98% des rotavirus appartiennent au groupe A
    • Protection croisée
  • 8 sérotypes
    • G6 est prédominant (> 66% en F et GB)

Classification des coronavirus

  • BCoV appartient au genre Betacoronavirus (proche du Virus du SARS-CoV et du MERs CoV humain
  • Il y a un seul sérotype mais des différences antigéniques entre les différentes souches ce qui peut expliquer une immunité protective courte

Classification des Colibacilles

  • Classification sérologique basée sur les Ag structuraux
    • Ag O présents dans l’enveloppe de la bactérie (« LPS »)
    • Ag H présents dans les flagelles
    • Ag K présents dans la capsule

=> Carte d’identité de la bactérie (intérêt épidémiologique)

Classification par la pathogénicité de la bactérie

  1. Action locale => Effet cytotonique => Les entérocytes ne sont pas abimés
    • ETEC pour Entero Toxinogène E Coli
    • F5 (K99) / F17 (FY) ou F41
  2. Action locale et systémique => Effet cytotoxique
    • EPEC pour Entero Pathogénique E Coli
    • VETC pour Vero Toxicogénique E Coli
    • EPEC sans toxine (dommage local)
    • VTEC avec toxine (dommage local et systémique)
  3. Souche invasive => septicémie ou entérotoxine-like pathologie
    • NTEC pour Necro Toxinogène E Coli
    • NB un des facteurs d’attachement le plus fréquent est le CS31A mais aussi le FY(F17)
    • Colite hémorragique et septicémie
    • Cas particulier GEP (Gastro Entérite Paralysante)

Aide au diagnostic des diarrhées néonatales

Diarrhée et âge du veau

D’après Pr Yves Millemann

Diarrhée en fonction de l’étiologie


II. Physiopathologie des diarrhées

Diarrhée sécrétoire

Typiquement veau de moins d’une semaine.

Attachement ETEC => production d’entérotoxines => ↗ Secrétions => accumulation d’ions (Na+ et Cl- dans la lumière intestinale => appel d’eau dans la lumière => DIARRHEE très liquide avec déshydratation rapide.

Diarrhée Osmotique avec syndrome de malabsorption

Typiquement veaux âgés de 2-3 semaines.

Multiplication des Rotavirus, Coronavirus et /ou des Cryptosporidies dans la paroi des entérocytes => Destruction des villosités essentiellement dans la partie haute du TD => prolifération de la flore résidente de EColi => ↘ Absorbtion => DIARRHEE plutôt pâteuse.

Le syndrome de malabsorption (Lactose et lipides) est du à l’altération de la membrane apicale des entérocytes => réduction des enzymes de la bordure en brosse dont la lactase => arrivée du lactose non digéré dans le colon => fermentation par la flore colique +> reduction des co-transport apicaux Na+ /AA et Na+ /Oses.

Forme septicémique

Cet ensemble de perturbations créent , d’autant plus que le traitement a été tardif, une inflammation forte de la paroi qui peut conduire à une bactériémie par translocation des bactéries du tube digestif => septicémie => principal risque de mortalité.

La population à risque est les veaux âgés de moins de 7 jours sans colostrum ou avec un mauvais transfert d’immunité passive.

Quelle que soit l’origine de la diarrhée, cela se traduit par une déshydratation par perte d’eau et une acidose métabolique.

III. Traitement des diarrhées

A – Nursing

  • Prévenir l’hypothermie
  • Alimenter le veau

B – Thérapeutique liquidienne

Pas de déshydratation ou déshydratation légère = Perte de PV < 5%

  • Continuer l’alimentation lactée : source d’énergie
  • Réhydratation orale dès les premiers signes de diarrhée, avec une solution tamponnée ayant un SID élevé
  • Cette solution réhydratante doit être distribuée à distance de l’alimentation lactée
  • Un SID élevé permet une correction rapide de l’acidose ainsi que le traitement de la fuite électrolytique

Déshydratation sévère = 5 à 8% du PV

  • Idem sauf si reflexe de succion a disparu => utilisation d’une solution riche en énergie et en électrolytes par voie IV

Déshydratation très sévère = Perte PV > 8%

  • Perfusion lente de minimum 4 litres de solution
  • Plus voie orale en respectant un délai de 8-12h entre la perfusion et la solution orale

C – Pansements intestinaux

D – Anti-inflammatoires

E – Antibiotiques